Février 2026
Découvrez la lettre sur le millésime 2025
La climatologie : Une pluviométrie en trompe l’œil
Les fortes pluies d’octobre avaient redonné le moral, mais le reste de l’hiver fut globalement assez sec. De bonnes pluies en mars ont toutefois rechargé les horizons superficiels et les pluies de mai, complétées par les orages de juillet et août ont permis de maintenir le stress hydrique à des niveaux acceptables pour de nombreuses vignes.
| Précipitations (en mm) | Millésime (Oct N-1 à Sept. N) | Moyenne annuelle | |
| 2024 | 2025 | ||
| Saint Paul de F. | 524 | 663 | 792 |
| Maury | 308 | 495 | 747 |
| Sainte Colombe | 289 | 458 | 675 |
| Banyuls sur mer | 316 | 488 | 742 |
Source : Infoclimat
Sur tous les secteurs, le cumul de pluie augmente mais n’atteint toujours pas la moyenne annuelle.
Quant aux températures, l’écart annuel à la moyenne de +1,8°C traduit encore une année chaude. Mais c’est surtout la répartition des températures en décalage avec le cycle de la vigne (hiver chaud, printemps froid, pics de chaleur en été) qui pose des problèmes. Et les jours de forte chaleur (température maximale supérieure à 30°C) restent très nombreux, proche des records de 2022.
| Nombre de jours où T° > 30°C | Millésime | |||
| 2025 | 2024 | 2023 | 2022 | |
| Saint Paul de F. | 68 | 45 | 38 | 70 |
| Sainte Colombe | 68 | 47 | 64 | 80 |
| Banyuls sur mer | 35 | 21 | 32 | 46 |
Source : Infoclimat
Une année à mildiou
Le mildiou est apparu tardivement début juin mais avec une virulence extrême dans certains secteurs (Aspres), entretenu par une humidité persistante apportée par le vent marin. Il a entrainé localement des pertes de récolte importantes.
La pression oïdium en revanche a été moins forte, n’entrainant aucun dégât significatif sur vendange.Le botrytis ne s’est manifesté que localement sur la zone littorale.
On note également peu de dégâts imputables aux vers de la grappe, dont la physiologie a sans doute été affectée par les deux vagues de chaleur de juin et août.
Vignes : Un état végétatif satisfaisant
Après un débourrement un peu plus tardif que la moyenne, la vigne a profité des pluies d’avril et de mai pour développer une belle végétation.
Ce petit décalage était presque rattrapé à la floraison qui s’est déroulée rapidement et dans de bonnes conditions, sauf pour les Muscats d’Alexandrie qui ont beaucoup coulé.
La véraison a été plus chaotique, en particulier pour le Grenache : elle s’est étalée parfois sur plus de 3 semaines. Cela a entrainé des décalages de maturité à récolte, entre les grappes et parfois à l’intérieur des grappes, et par conséquent des difficultés pour fixer les dates de récolte optimales.
Les effets délétères du stress thermique
Si les effets de stress hydrique ont été moins marqués, les deux vagues de chaleur de juin et août ont fortement affecté le végétal. La première induisant un arrêt de la pousse végétative et du développement des grappes, la seconde provoquant des brûlures et des flétrissements.
Le poids des baies a été affecté notamment sur Syrah.
| Poids de 200 baies | |||||
| 2025 | 2024 | 2023 | 2022 | 2021 | |
| Carignan | 405 | 331 | 252 | 353 | 342 |
| Grenache N | 393 | 366 | 248 | 337 | 298 |
| Muscat Alex. | 791 | 710 | 633 | 988 | 800 |
| Merlot | 299 | 293 | 269 | 215 | 234 |
| Mourvèdre | 313 | 371 | 258 | 353 | 294 |
| Syrah | 287 | 353 | 294 | 361 | 316 |
Source : C.A. 66
Les bonnes conditions printanières ont favorisé la nutrition azotée en début de cycle, avec à nouveau des teneurs en azote assimilable convenables dans les moûts.
En revanche, les stress estivaux ont encore pesé sur l’accumulation des sucres et la synthèse des polyphénols.
Les contrôles de maturité affichaient souvent des degrés plus bas que d’habitude, ce qui a parfois masqué des maturités atteintes précocement.
Des vinifications toujours aussi délicates
Comme en 2024, les vinifications ont nécessité un suivi rigoureux et des ajustements précis :
- Des maturités difficiles à évaluer, avec une forte variabilité et des résultats de contrôles souvent atypiques. Plus que jamais, la dégustation des baies a fourni de précieuses informations,
- Des acidités faibles qu’il a fallu corriger précocement
- Des rendements en jus très faibles et des diffusions de tanins et de couleur nécessitant un strict contrôle des jus destinés aux blancs et rosés,
- Des maturités phénoliques pas toujours abouties incitant à la prudence dans les extractions en rouge,
- Des fermentations rapides, parfois explosives, liées aux fortes teneurs azotées, imposant une bonne maîtrise des températures.
Mais des vins plutôt réussis
Les vinifications bien conduites ont permis d’obtenir des vins blancs et rosés aromatiques et plutôt équilibrés, avec des couleurs maitrisées.
Les rouges, à l’instar de 2023 et 2024, sont peu concentrés, avec des degrés plus modestes que d’habitude, mais avec de la fraîcheur et de belles expressions de fruits, collant finalement assez bien à la demande de nombreux marchés.
Une petite récolte
Les effets conjugués de la faible sortie et du stress thermique conduisent à nouveau à une très faible production, proche de celle de 2024 (qui est la plus faible jamais enregistrée).
Production des Pyrénées-Orientales : quelques chiffres-clés
| Millésime | Volume en hl |
| 2025 | 335 000 |
| 2024 | 327 000 |
| 2023 | 470 000 |
| 2022 | 569 480 |
| 1999 | 1 337 000 |
| 1934 | 4 600 000 |
L’espoir renaît
Les quelques signes encourageants entrevus en 2024 se confirment :
- L’état végétatif des vignes continue à s’améliorer et on retrouve cette année de jolis bois pour tailler,
- Les pluies automnales (cette année en décembre) semblent de retour et l’état hydrique des sols s’améliore significativement.
Conclusion :
Nous avions insisté dans les notes des millésimes 2023 et 2024 sur la nécessaire adaptation du vignoble au changement climatique et sur l’importance d’organiser des états généraux de l’eau. Que dire de ces millions de mètres cubes partis à la mer entre décembre 2025 et janvier 2026 qui feront peut-être défaut cet été !
L’empilement d’éléments de conjoncture défavorables, marché du vin difficile, rendements trop faibles, arrachages primés fragilisent d’autant plus la viticulture des Pyrénées-Orientales.
Et pourtant dans ce contexte, des structures coopératives et particulières continuent leur développement autour de quelques principes simples : rigueur dans le travail, bon rapport qualité-prix, écoute des marchés, innovation produit.
Poursuivons ensemble dans ce sens.